Expl' Orateur - Des Zaventures pas Zordinaires - Episode II

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liv'
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Message non lu 05 sept. 2019, 21:40

Episode #2

L’explorateur et l’inconnu - Urbex #26



Un dimanche de Mai, c’est le printemps pourtant la pluie n’a de cesse de battre le pare-brise.
Accompagné de ma partenaire à la ville comme à la ruine, je m’en vais récupérer le fourgon aménagé tant convoité, attendu et enfin trouvé que je viens de m’offrir.
Les essuies-glace balaient les gouttes d’une cadence hypnotique. La route est droite et monotone.
J’observe tant que faire se peut le paysage, à la recherche de bâtisses à l’abandon que je pourrais ajouter à ma liste de lieux à visiter.
Le jour est sombre, les nuages bas et la visibilité ne permet pas de distinguer quoique ce soit à plus de 500 mètres.

Pourtant, au loin, j’aperçois comme une maison de maître, celle-ci se rapprochant à mesure que nous roulons. Je ralenti alors. Ma partenaire me regarde. « Ha non pas encore ! Ce n’est qu’une vieille bicoque … ».
Elle a deviné mon intention et je comprends à sa remarque qu’elle préférerait que je m’abstienne de m’arrêter pour une exploration somme toute sans intérêt.

Pourtant, comme nous sommes un peu en avance je continue de freiner, actionne mon clignotant et m’engouffre sur le chemin qui mène à la masure. La curiosité et la recherche de sensations sont une fois de plus sans appel, au grand dam de Kl'r.

Je ne la sens pas prête à sortir, « l’averse » me dis-je. Je décide donc d’aller faire une rapide reconnaissance en solo.

Je sors sous la pluie battante, passe un portail bringuebalant et me fraye un chemin dans les hautes herbes et les ronces.

La porte est fermée. Je continue donc le tour. Le garage lui est ouvert. Je passe la tête et m’assure que la maison est bien accessible par cette entrée. Je m’en retourne alors rapidement prévenir ma partenaire pour que celle-ci se joigne à moi.
Mes vêtements dégoulinent déjà, je l’attends puis la guide pour nous mettre à l’abri.

Une fois à l’intérieur, nous passons le garage ou des traces récentes de squat sont visibles : une tente, quelques affaires chaudes, un gros sac, des ustensiles de cuisine, une paire de chaussures, des câbles tirés et un simulacre de branchement électrique.

Nous n’y prêtons guère d’attention. Kl'r me suis, j’ouvre alors une première porte, c’est une étrange salle de bain verdâtre et sans âge qui nous accueille. Nous en franchissons une autre, passons une cuisine, pour nous retrouver dans le hall du rez-de-chaussée. La baraque semble désespérément vide. Face à nous pourtant quelques vestiges de mobilier et un imposant escalier de bois.

L’intérieur est aussi sombre que les nuages dans le ciel. Je tends une lampe de poche à ma partenaire et allume ma frontale.

Nous parcourons alors les pièces qui s’offrent à nous, toutes sont recouvertes de papiers peints bien kitch qui rappellent les seventies. Derrière une porte dérobée, je trouve un petit escalier menant à la cave. Nous nous y rendons. L’air ambiant y est frais et humide. Un imposant établi délabré garde le sous-sol, de vieux outils et autres boites de rangement l’en habillent.
Par terre, les restes de cartons éventrés avec leur contenu qui parsème le sol. Rien d’intéressant ici, si ce n'est un extincteur d'époque, nous remontons alors pour explorer les étages.

Avant cela, nous en profitons pour réaliser quand même quelques clichés des tapisseries psychédéliques remarquées à notre arrivée.

Seul le ruissellement de l’eau brise le silence qui règne dans le hall. C’est alors que nous percevons du bruit à l’étage. Nous nous figeons, à l’affut, chacun observant les réactions de l’autre. De nouveaux sons nous parviennent depuis le haut, comme des bruits de pas lents et étouffés. Encore un autre, cette fois plus audible et plus sourd, comme un petit objet qui tombe sur un tapis, provoquant une vibration.
Kl'r se rapproche de moi et ose me chuchoter quelques mots : « Tu entends ? On dirait des bruits de pas… » « il doit y avoir quelqu’un, il serait préférable de nous en aller ».

Pour seule réponse, je la regarde d’un air interrogateur accompagné d’un geste de la tête pour lui signifier mon refus.

Je peux lire dans ses yeux la réprobation.

- « mais … »

Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase et je me tourne vers l’escalier. Elle me retient par le bras. Je ne veux pourtant pas avancer plus avant. Repensant aux vidéos d’un certains Mamytwink, je m’écris alors :

- « Y’a quelqu’un ? Allo, vous m’entendez ? »
- « S’il y a quelqu’un dites le nous, on ne veut pas déranger, on explore des lieux abandonnés et on est tombés sur cette maison. »

Je me tais dans l’attente d’une réponse, silence, du coin de l’œil je vois ma partenaire qui trépigne, mal à l’aise. De nouveau des bruits de pas, nous sursautons. Décidé à savoir ce qu’il se passe en haut, je reprends de plus belle.

- « Hé ho, vous avez entendu ? Si vous voulez qu’on vous laisse tranquille dites-le nous et on part »
- « Ben répondez-nous quoi… »

Toujours rien. Sans vraiment savoir pourquoi, je me décide de bouger tout en parlant à l’hypothétique squatteur qui se cache à l’étage.

- Je vais monter… pour voir ce qu’il y a en haut … je ne suis pas méchant …
Je joins le geste à la parole et pose mon pied sur la première marche. Le bois craque dans le silence qui pèse alors.

J’enchaine :

- Je monte, qui que vous soyez n’ayez crainte, je viens à votre rencontre. Vous pouvez toujours me dire de partir et je fais demi-tour…

Aucune autre voix ne s’élève, je poursuis ma progression et arrive à mi-hauteur, au niveau du quart tournant. Soudain, un bruit sourd retenti, je pivote et aperçois une ombre se mouvoir dans l’une des pièces plongées dans la pénombre.

Stoppé dans mon élan, mon sang ne fait qu’un tour et je lutte pour ne pas redescendre au pas de course effrayant par la même occasion ma partenaire.
Elle aussi a entendu le bruit et elle doit voir qu’à cet instant l’expression de mon visage a changé, laissant place à moins d’assurance dans ma démarche.

Elle me fait signe de la rejoindre. Pourtant, je reprends mon ascension, soliloquant encore une fois.

- « J’arrive bientôt en haut, je crois vous avoir vu … Hé ho, il y a bien quelqu’un non ? Ne vous cachez pas, je ne vais rien vous faire, je dois avoir peur autant que vous... »

En effet, mon cœur tambourine dans ma poitrine, mon souffle est court et bruyant, le pas fébrile. Rien ni personne ne se manifeste.

J’arrive alors sur le palier. La lumière filtre à peine à travers les volets clos. Je me sens aux aguets et euphorisé par l’adrénaline qui s’immisce en moi. Je reste loin des portes « prudence, prudence » me dis-je et n’ose enfin m’en approcher qu’au prix de grands efforts pour faire taire les craintes qui commencent à m’assaillir.

- « Liv’, quand tu regardes un film d’horreur, t’es pas le premier à dire qu’il vaut mieux se barrer que d’aller voir ce qu’il se passe ? c’est comme ça que les personnages meurent, en allant voir de plus près … ».

Toujours rassurant ces dialogues intérieurs ...

Mais je commence à comprendre ce qui, au fond de nous, nous pousse à aller voir, dans la vie comme au cinéma : ce besoin de savoir … de comprendre … de ne pas se laisser dominer par ses peurs, souvent créées inconsciemment durant l’enfance.

Je n’en mène pas large. Trois chambres sont ainsi desservies, l’une à ma droite, l’autre à ma gauche et la dernière dont l’ouverture se trouve presque en face de moi. C’est de celle-ci dont s’échappe à nouveau ces petits bruits de pas sourds et inquiétants.

Je projette ma lampe rapidement de chaque coté pour tenter d’éclairer au mieux et à distance les 2 autres pièces. Je ne vois que du vide dans le halo de lumière. Leurs entrées se trouvant assez éloignées de la chambre d’où proviennent les sons, je m’en rapproche alors, silencieux et à pas de loup, décidé à découvrir ce qu’il se trame vraiment.

A cet instant, je suis dans le moment présent, plus aucune pensée ne m’envahit, je ne sais pas à quoi m’attendre, ni quelle sera ma réaction devant le fait accompli. Je sais seulement que j’avance, le temps semble ralentir.

Je retiens mon souffle, me voilà sur le pas de la porte. Il faut maintenant le franchir sans se mettre en danger face à quelqu’un que je ne saurais voir et qui attend de l’autre coté du mur, à quelques centimètres de l’encadrure, prêt à bondir ou abattre sur moi un quelconque objet faisant office de massue.

Je n’y passe donc pas seulement la tête comme pour épier, je rentre sans ménagement et sans prévenir, dans l’objectif d’aveugler quiconque se cache ici.

Tout se passe très vite, je ne vois personne mais des pas se rapprochent. Je balaie la pièce de ma frontale en un tour de tête, pour tenter d’apercevoir quelque chose. Au même moment je suis fauché, pris aux jambes. Je manque de m’étaler au sol. Sous l’effet de surprise je pousse un cri, j’entrevois en même temps une ombre qui détale pour se réfugier dans la chambre la plus proche.

Tout s’accélère dans ma tête, rester ou partir, affronter ou battre en retraite. L’instinct répond à cette question avant la raison et je me précipite alors à sa poursuite tout en ramassant le pied d’une chaise qui traîne au sol.

Là, faisant barrage sous le chambranle de la porte je m’emporte. La peur à laisser place à la colère.

-« là c’est pas cool » m’écriais-je
-« fallait le dire si vous vouliez pas que je monte, je suis pas venu pour me faire agresser ! »

Les sens en alerte et le bras armé prêt à frapper, je distingue alors une forme qui surgit de l’obscurité pour bondir en direction de la fenêtre.

J’ai l’impression d’être en plein rêve, je tétanise à la réception d’un nouveau sursaut. Une boule de poil se fige, perchée sur le rebord intérieur de la fenêtre, le dos rond, la tête basse comme en signe de soumission.

-« Un renard » criais-je alors à Kl'r, dans un soupir de relâchement.

« Un foutu renard qui m’a foutu une frousse terrible » … Je lâche mon arme de fortune pour mieux l’éclairer. Le pauvre semble bien mal en point, il a dû se retrouver enfermer ici, à moins qu’il ne soit venu y mourir.

Immobile, il me fixe. Je lui rends son regard. Je sors ensuite mon téléphone pour immortaliser l’instant et la rencontre. Surement dérangé par notre présence, il repartira se réfugier dans la dernière chambre, celle qui me reste à visiter.



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'Liv
sciuto
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Localisation : Ile de france

Message non lu 06 sept. 2019, 01:21

Extra ta rencontre avec ce renard! Vraiment ton récit est captivant! Un grand bravo, j'ai cru y être et plein de flashs de mes visites passées ont ressurgi dans ma tête!
Merci pour ce superbe moment d'évasion.
Gilles
BoOkeh
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Message non lu 06 sept. 2019, 07:05

WoOw alors là c'est un combo du tonnerre : écriture/photo...
Mais genre L'Ecriture, celle où tu prends le temps, celui de partager, de transmettre du vécu et de l'émotion, le plaisir de suivre les péripéties de celui à qui il arrive toujours des anecdotes incroyables au cours de ses explos 😊

Alors merci Liv'

Et à titre perso, j'ai été plus captivée par le tome 2...
Une écriture que je trouve plus fluide, plus directe tout en ne négligeant pas les détails importants.
Mais la plume dans les 2 tomes est jolie et prometteuse...
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RSK
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Message non lu 06 sept. 2019, 08:20

Très joli récit, captivant !
Belle rencontre au final, c'est super d'être tombé sur un renard :)
Cydy
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Message non lu 06 sept. 2019, 09:20

Punaise, je m'attendais à un "Surpriiiiiiiiise" pour ton annif que ta compagne aurait organisé connaissant ton penchant pour les ruines :D
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urbexsession
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Message non lu 06 sept. 2019, 09:40



Tu as le sens poussé de la curiosité, effectivement pour me baigner dans les films d'horreur, j'ai appris à ne pas faire les mêmes conneries et à fuir en toute circonstance, abandonnant femme et enfants sans regret 🤣 Excellent récit, une montée en puissance maîtrisé.
liv'
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Message non lu 06 sept. 2019, 10:03

Merci à vous pour ces retours ! Ça me touche grandement !
Je ne pensais pas vous faire autant plaisir par ce recit 😊
🙏🙏🙏🙏
'Liv
bulti
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Message non lu 06 sept. 2019, 17:10

WTF le renard :lol: :lol: :lol: :lol:
YopUrbex
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Message non lu 06 sept. 2019, 21:46

Bravo Liv', j'ai lu tes 2 récits, j'adore, tu arrives à nous porter dans tes aventures à tel point que j'ai presque cru être en explo avec toi 😉
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KeteMeteK
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Message non lu 06 sept. 2019, 22:38

Bon ben re-bravo liv', pour ce tome 2 tout aussi -voire plus encore- excellent que le premier !
Continue comme ça ! ☺️
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